Il y a toujours une multitude de questions flottant dans l’air.
Elles changent de temps à autre, sont plus ou moins graves, bêtes, étranges.
Elles font souvent référence à nos peurs les plus secrètes, à nos doutes, regrets et remords.
Je me demande si j’ai rêvé.
Si cela m’est bien arrivé, ou si cela n’est encore qu’un tour de magie fécondé par un esprit en manque de belles illusions.
On croit tous, à un moment ou à un autre, que certaines de ces questions trouveront une réponse.
Enfin, on l’espère, histoire de se dire qu’on aura pas fait tout ce chemin pour rien.
J’en suis arrivée à la conclusion que parfois, il vaut peut-être mieux ne pas avoir de réponses.
Garder cette infime liberté de croire, pendant l’espace d’une minute, que l’imagination est toujours reine des lieux et que les souvenirs ne sont encore que des esclaves sous sa coupe.
Croire qu’il encore possible de rêver dans un monde où les gens sont devenus lâches, et où ils n’osent plus aimer comme dans les films, de cet amour si fort qu’il nous ferait marcher des kilomètres si seulement on savait qu’à l’arrivée, il nous en resterait une once.
Penser que quelque part, il reste encore de ces hommes qui nous faisaient espérer, car eux-mêmes sont de ceux qui changeront le monde.
Nous faire oublier que ceux qui restent ne sont pas forcément les meilleurs, sans pour autant penser que ceux qui ne sont plus là valaient mieux.
Arrêter de se demander pourquoi ceux qui ne donnent pas de réponses font de nous ceux qui ont tort.
Nous vivons dans une société sans courage, où la condescendance et l’égocentrisme sont devenus les pièces maîtresses d’un échiquier en perte de cases blanches.
Qui sommes-nous donc ?
” Quelle espèce ! Souvent, à regarder les êtres humains accomplir leur destinée sur Terre, je me laisse emporter presque au point de croire en eux.
Ils me donnent l’impression singulière d’être dotés de libre-arbitre, d’autonomie, d’une volonté propre…
Je sais bien que c’est une illusion, une notion saugrenue.
Moi seul suis libre !
Chaque tour et détour de leur destin a été planifié d’avance par mes soins ; je connais le but vers lequel ils se dirigent et le chemin qu’ils emprunteront pour y parvenir ; je connais leurs effrois et leurs espoirs les plus secrets, leur constitution génétique, les rouages les plus intimes de leur conscience…Et pourtant, et pourtant… ils ne cessent de m’étonner.”
Nancy Huston ” Dolce Agonia ”